Lacoste occupe un territoire singulier dans la mode mondiale : celui du sportswear premium à héritage français. Fondée en 1933 par René Lacoste, la marque au crocodile a traversé les décennies en s’appuyant sur son ancrage tennistique et son polo emblématique. Mais le paysage concurrentiel a profondément changé ces dernières années, et les rivaux de Lacoste ne sont plus ceux d’il y a dix ans.
Montée en gamme de Lacoste et repositionnement face aux marques premium
Le virage stratégique récent de Lacoste mérite d’être examiné avant même de parler de ses concurrents. La marque a annoncé en 2023 sa volonté de réduire les promotions et de renforcer son positionnement premium. Concrètement, cela se traduit par une augmentation des prix moyens, des collaborations avec des créateurs, et une distribution plus sélective.
Lire également : Comment trouver facilement le plan du réseau tout à l'égout de votre maison ?
Ce repositionnement modifie l’analyse concurrentielle. Lacoste ne se bat plus frontalement contre Nike ou Adidas sur le terrain du sportswear de masse. La marque cherche à se rapprocher de Ralph Lauren et Tommy Hilfiger, deux acteurs du lifestyle premium qui partagent un ADN similaire : héritage sportif, codes vestimentaires classiques, ambition internationale. Pour comprendre la concurrence de Lacoste selon Mlle E, il faut d’abord saisir ce glissement de catégorie.
En revanche, cette montée en gamme crée un vide. Le segment « polo accessible et stylé » que Lacoste occupait historiquement devient un terrain ouvert pour des marques comme Fred Perry ou même des enseignes plus généralistes qui montent en qualité perçue.
A voir aussi : Comment bien se débarrasser de sa planche à découper en plastique usée ?

Concurrents directs de Lacoste : Ralph Lauren, Tommy Hilfiger, Fred Perry
Ralph Lauren est le concurrent le plus structurant pour Lacoste. Les deux marques partagent une promesse similaire : un style de vie élégant, enraciné dans le sport (tennis pour Lacoste, polo équestre pour Ralph Lauren). La différence tient à la profondeur de gamme. Ralph Lauren couvre un spectre très large, du haut de gamme Purple Label jusqu’aux lignes plus accessibles, ce qui lui donne une flexibilité commerciale que Lacoste n’a pas.
Tommy Hilfiger joue sur un registre légèrement différent. La marque américaine mise davantage sur la pop culture et les collaborations avec des célébrités grand public. Son image est plus jeune, plus urbaine. Sur le plan des produits, le chevauchement avec Lacoste est réel (polos, vestes légères, sneakers), mais Tommy Hilfiger cible un consommateur moins attaché à l’héritage sportif.
Fred Perry occupe une niche plus pointue. Issue de la culture mod britannique et du tennis, la marque partage avec Lacoste un ADN sportif et un produit iconique (le polo à couronne de laurier). Son positionnement prix est comparable, mais sa clientèle est plus ancrée dans les sous-cultures musicales et streetwear.
Nike et Adidas : concurrents indirects mais encombrants
Ces deux géants ne visent pas le même segment, mais ils captent une part croissante du budget vestimentaire des consommateurs. Quand Nike lance une ligne lifestyle premium ou qu’Adidas collabore avec un designer de mode, ces produits entrent directement en concurrence avec les pièces casual de Lacoste.
La catégorie polo reste le champ de bataille principal. Lacoste y détient un avantage symbolique fort (le crocodile est presque synonyme du vêtement lui-même), mais les alternatives se multiplient, y compris chez des marques de fast-fashion qui proposent des polos à une fraction du prix.
Concurrence en Asie : un échiquier que l’Europe ignore souvent
Les analyses concurrentielles disponibles en ligne restent majoritairement centrées sur l’Europe et l’Amérique du Nord. La réalité du marché raconte autre chose. La Chine fait partie des marchés à plus forte croissance pour Lacoste depuis la période post-Covid, avec une stratégie de maillage retail et digital intensif (ouvertures de boutiques, renforcement sur des plateformes comme Tmall et Douyin).
Sur ce terrain, Lacoste affronte des concurrents très différents de ceux qu’elle rencontre à Paris ou New York :
- Li-Ning, marque chinoise de sportswear qui monte en gamme et multiplie les défilés à la Fashion Week de Paris, brouillant la frontière entre sport et mode
- Anta, géant chinois qui a racheté des marques occidentales (dont Fila pour la zone Asie) et dispose d’un réseau de distribution massif
- Bosideng, spécialiste du vêtement technique qui se repositionne sur le lifestyle premium avec des prix comparables à ceux de Lacoste
L’analyse concurrentielle doit être régionalisée, pas globalisée. Un concurrent marginal en France peut être le rival numéro un en Asie du Sud-Est.

Stratégie de communication et identité visuelle : ce qui distingue Lacoste
Le crocodile reste l’un des logos les plus reconnus au monde. Cette identité visuelle donne à Lacoste un avantage que ses concurrents peinent à répliquer : une identification instantanée du produit sans besoin de texte. Ralph Lauren dispose d’un atout comparable avec son cavalier, mais peu d’autres marques du segment peuvent en dire autant.
Sur le plan des campagnes, Lacoste a fait un choix distinctif ces dernières années. La marque mise sur son héritage tennistique tout en l’inscrivant dans des récits culturels plus larges. Le partenariat avec Novak Djokovic, dans ce que la marque appelle son « GOAT Era », illustre cette approche : associer la performance sportive au sommet avec le lifestyle premium.
Collaborations créatives et influenceurs
Lacoste réalise régulièrement des collaborations (la marque visait deux à trois par an selon ses dirigeants). Ces partenariats ne servent pas tant à générer du chiffre d’affaires qu’à renouveler la perception de la marque auprès de publics plus jeunes. Les collaborations apportent ce que la marque ne peut pas créer seule, selon les termes utilisés en interne chez Lacoste North America.
En revanche, les données disponibles ne permettent pas de mesurer précisément l’impact de ces collaborations sur les ventes ou la part de marché par rapport aux concurrents. Certaines collaborations génèrent un buzz médiatique fort sans traduction commerciale durable, tandis que d’autres trouvent un relais en boutique.
Leviers de différenciation face aux concurrents de Lacoste
Trois axes se dégagent pour la marque :
- La distribution sélective, en réduisant la présence dans les canaux de remise pour protéger l’image premium et justifier le niveau de prix
- L’ancrage sportif authentique, que des marques comme Tommy Hilfiger ou Hugo Boss ne peuvent pas revendiquer avec la même légitimité historique
- La stratégie digitale régionalisée, avec des contenus et des ambassadeurs adaptés à chaque marché plutôt qu’une communication uniforme
Le polo Lacoste reste le produit-ancre de toute la stratégie. Tant que ce vêtement conserve son statut d’icône mode-sport, la marque dispose d’un socle que ses concurrents ne peuvent que contourner, pas attaquer frontalement. La catégorie polo elle-même subit une pression croissante face à des codes vestimentaires plus décontractés, et c’est cette évolution des usages, plus qu’un concurrent isolé, qui représente le défi principal pour Lacoste.